Titre : Promesse brisée
Auteur : Sheikhan
Disclaimer : J’ai beau soudoyé Masaki Kurumada ET les personnages de Saint Seiya, ils ne sont pas à moi… Les autres persos comme Syna, Zoe et Gaia m’appartiennent en revanche.
Chapitre 4 : Avertissement et rencontre au sommet
Je n'avais pas dormi de la nuit, tournant et retournant dans mon lit, la tête enfouie dans l'oreiller. Mes pensées déviaient sans cesse vers les évènements de l'après-midi et la venue de Kanon le
soir, au bar. Il ne s'était pas changé d'ailleurs et s'était comporté comme il l'avait toujours fait sur mon lieu de travail. J'avais vraiment du mal à comprendre. Plus les minutes passaient,
plus je me demandais ce qui ne tournait pas rond avec lui, avec moi. Il y avait clairement quelque chose d'indéfinissable et je ne parlais pas là de mes sentiments.
Je soupirai.
Mes yeux se posèrent sur le plafond dont j'admirais les tâches grâce à la lumière des lampadaires. Étendue en étoile, je n'arrivais pas à m'ôter de la tête qu'il aurait pu répondre à mes
questions, me dire ce qui clochait chez moi. Je n'y avais pas pensé sur le coup, parce que ses réactions à lui m'avait bien trop occupé l'esprit. Seulement... Il n'avait vraiment pas semblé
effrayé par l'explosion de la carafe. Juste surpris. Juste comme mon oncle.
Mon oncle... Peut-être qu'il saurait, lui. Je ne lui en avais jamais parlé, mais peut-être qu'il comprendrait mieux que moi ce qui m'arrivait. Je souris dans la nuit. J'irai le voir le lendemain.
Puis mes yeux se fermèrent.
***
« Gaia ! »
Je me retournai pour voir qui venait de m'appeler. Syna, appuyée contre une vitre du bus me faisait de grands signes de la main. A côté d'elle, Zoe me salua d'un signe de tête. Nous n'étions pas
particulièrement du genre à se faire la bise. Je ne sais pas très bien à quoi c'était du pour elles, le sujet n'était jamais abordé. De mon côté, j'associais toujours à ce geste une certaine
hypocrisie. Un héritage familial...
« Les filles ! J'ai reçu ta lettre au fait Zoe. Jolie photo !
- Merci. Tes vacances se sont bien passées ? »
J'observais la brunette sans répondre. Ses longs cheveux bruns étaient rattachés dans une queue de cheval haute. Seules quelques mèches entouraient son visage, plus mat que jamais. Elle avait du
prendre le temps de bronzer, bien plus que moi en tout cas même si j'étais fière de ma peau halée. Zoe n'avait jamais été un premier prix de beauté, mais il y avait quelque chose en elle qui
charmait, sans doute son assurance tranquille. On la voyait assez peu hausser le ton ou même s'énerver. Toujours discrète, elle reconnaissait elle-même être une fille de l'ombre, laissant la
lumière à notre amie commune. Pourtant, elle était populaire dans notre fac et n'aurait eu aucun mal à se mettre en couple avec un beau jeune homme si elle ne l'était pas déjà avec l'une de ses
camarades de classe de maternelle.
« T'es trop silencieuse Gaia. Alors, tes vacances ?! Elles étaient bien ? Pourquoi tu dis rien, tu t'es mariée sans prévenir ? »
Je souris franchement. Ma blonde amie – qui avait horreur de cette appellation – ne pouvait s'empêcher de s'imaginer tout un tas de choses dès qu'on ne répondait pas assez vite. Généralement, ça
tournait autour du même thème : l'amour. Je ne lui avais pourtant jamais porté chance. Si elle avait voulu se lancer dans une carrière de voyante, elle aurait eu tout intérêt à ne pas me
mentionner sur son CV. Jusqu'à présent, avec moi, elle avait toujours eu tort.
« Mes vacances étaient... sympas oui, mais je ne me suis pas mariée par contre. Le prince charmant ne m'a pas fait l'honneur de sa rencontre – ou alors il s'est déguisé et a fui en me
voyant.
- Ah ? Il n'est pas revenu au bar alors ? Dommage ! J'aurais bien aimé le voir, moi, ton fameux inconnu !
- Il s'appelle Kanon. »
Je la vis plisser les yeux en me fixant. Et je compris. Je ne leur avais pas dit que je l'avais revu, mais jusqu'à présent, je ne connaissais pas son nom. Je n'aurais pas du le savoir cette
fois-là et curieuse comme elle était, elle ne me lâcherait pas. Pourtant, je ne voulais pas leur dire. Je ne voulais pas leur expliquer ce qui s'était passé. C'était étrange, parce que je leur
avais toujours tout dit. Toujours. Je me décidais à mentir quand Zoe me coupa l'herbe sous le pied.
« Syna, ne commence pas. On arrive en plus. Elle nous dira ça plus tard. »
Effectivement, le véhicule venait de s'arrêter devant notre arrêt. Je descendis la première, tentant de me faire une place dans la foule, puis je m'éloignais discrètement pour attendre mes deux
amies. Observant autour de moi, je crus déceler une longue chevelure bleue dans la foule, mais en me dirigeant vers l'endroit, il n'y avait plus personne. J'avais probablement rêvé.
« Te sauve pas enfin, on a failli te perdre de vue !
- Ah. Pardon, j'ai cru voir quelqu'un que je connaissais.
- Le fameux Kanon ?
- Arrête tes âneries ma blonde amie. Il ne sait même pas où je vais à la fac.
- Oh ! Tu lui as pas dit ? C'est bête. D'ailleurs, tu l'as revue où ? Au bar ?
- Oui. »
Je préférais ne pas m'étendre sur le sujet. Il était effectivement venu au Calypso plusieurs fois durant la semaine précédente. A chaque fois, je n'avais pas pu cesser de repenser à ce que mon
oncle m'avait dit. J'avais essayé de garder un peu de distance aussi, malgré mon envie de le connaître un peu plus. Mais la même phrase revenait encore et encore dans ma tête. Je ne savais plus
quoi faire.
« Les filles, si vous voulez qu'on ait une place dans l'amphi – une place potable je veux dire – on ferait bien de se dépêcher. »
Je gratifiai Zoe d'un regard reconnaissant et me mit en marche. Il fallait que je cesse d'y penser. Je n'allai pas avoir la tête à travailler, sinon.
***
Je n'avais effectivement pas eut la tête à faire ce qu'on me demandait dans la journée. Le premier cours s'était avéré soporifique au possible – j'avais presque oublié à quel point le professeur
pouvait être ennuyant. Le second était normalement plus intéressant, mais entre mes soupirs pas toujours discrets et mes gribouillages sur mes feuilles, on ne pouvait clairement pas dire que
j'avais suivi. J'avais du recopier sur Zoe durant la pause de midi.
L'heure de cours de la deuxième partie de la journée n'avait été guère mieux, même si j'avais du faire un effort. Après nous étions parties en ville. Je n'avais jamais eu la folie du shopping,
contrairement à mes deux comparses. Heureusement d'ailleurs, puisque j'avais pu réfléchir tranquillement. C'était à peine si elles s'en étaient rendues compte, perdue qu'elles étaient dans leurs
essayages.
Puis le soir était venu et avec lui la volonté de mes amies de venir au bar. Elles espéraient, je crois, voir qui était l'homme au whisky comme on l'avait longuement surnommé. J'avais
beau leur dire qu'il ne venait que tard, très tard, elles persistaient. Et à mesure que le temps passait, je me désespérais.
J'attendais toujours avec impatience qu'on approche de l'heure de fermeture pour le voir venir. Ce jour-là cependant, j'aurais donné beaucoup pour que ce ne soit pas le cas. Je ne m'étais jamais
trouvé particulièrement belle. Objectivement, je ne l'étais pas. Face à Syna et Zoe, je n'avais jamais fait le poids. Où que l'on aille, les garçons se tournaient vers elles. J'étais la cinquième
roue du carrosse. Je ne leur en avais jamais voulu pour ça, ce n'était pas comme si elles y pouvaient grand chose, mais je ne voulais surtout pas qu'il les voit. Et la peur qu'il s'intéresse à
elles plutôt qu'à moi ne me quittait pas.
Ce fut donc le ventre noué que j'entendis le bruit caractéristique de la porte lorsqu'elle s'ouvrait. Mon premier réflexe fut de regarder l'heure. C'était la sienne, alors je m'autorisais un
léger sourire avant de tourner les yeux pour croiser les siens. Ce que j'aimais tellement d'habitude, c'était l'amusement qu'ils contenaient. Il avait toujours l'air content de venir, content de
savoir que le reste de la soirée serait agréable. Cette fois-là, non.
Exceptionnellement, le bar était encore occupé. Deux garçons discutaient dans un coin. On les entendait peu, mais ça semblait animé. Depuis une bonne heure déjà, je les voyais faire de grands
mouvements avec les bras entre deux gorgées de bière. Au comptoir, un habitué trainait là. J'avais cru comprendre que sa femme avait demandé le divorce – soit dit en passant, je la comprenais
assez - il n'avait donc aucune raison de se presser de rentrer. Restaient mes deux meilleures amies qui discutaient en sirotant un soda, à l'opposé des deux étudiants. Les conversations allaient
bon train un peu partout. L'alcoolique essayait tant bien que mal de me séduire, sans grand succès par ailleurs. En somme, le Calypso était normalement animé, sans excès. Et ce fut avec l'arrivée
de Kanon que tout ceci prit fin.
Je vis l'un des garçons cesser immédiatement de parler. C'était celui qui était tourné vers l'entrée. De leur côté, ma brunette et ma blondinette le fixaient en fronçant les sourcils. La surprise
devait être grande, je l'avais toujours décrit comme quelqu'un de joueur et de tranquille. L'habitué, ayant quand même remarqué le changement d'atmosphère, avait fini par se retourner. Il me paya
dans l'instant et partit. J'aurais fait pareil à sa place : le regard que mon inconnu dardait sur lui l'aurait achevé s'il avait pu.
De mon côté, ce n'était guère brillant non plus. J'avais perdu mon sourire et l'avertissement de mon oncle revenait comme un boomerang. Reste éloignée de lui. Facile à dire, moins facile
à faire. Je n'en avais même pas envie, sauf peut-être en cet instant. En toute honnêteté, ce qui se dégageait de lui était à la fois fort et impressionnant. Auréolé par la lumière venant des
lampadaires, il se tenait droit et fier. Ses cheveux voletaient un peu à cause des courants d'air, alors qu'il s'avançait avec une démarche plus féline que jamais. L'air était pourtant lourd
autour de lui et, sous son T-shirt, on devinait que sa musculature était tendue. Ce fut pourtant d'une voix calme mais dénuée de la légèreté que je lui connaissais qu'il commanda... une limonade.
« Tu es sûr ? C'est pas comme le diabolo menthe, hein ? »
On dit qu'un homme avertit en vaut deux. Ça devait bien valoir pour les femmes aussi. Je préférais ne pas prendre de risque alors que son humeur était massacrante.
« Je n'ai jamais eu l'alcool gai. Une limonade. »
Je le vis venir s'asseoir au comptoir au lieu de gagner sa place habituel. C'était troublant. Je n'aimais pas beaucoup le changement quand je n'y étais pas préparée. Ce n'était même pas que je ne
m'y faisais pas vite, mais ça m'avait toujours perturbée.
« Comme tu veux. »
Je me retournais pour aller lui chercher ça. Dans mon dos, des raclements de chaises et des pas se firent entendre, mais je ne me retournai pas. Leur provenance venait de mes amies, elles
s'étaient sans doute juste approchées. Et effectivement, quelques secondes plus tard, j'entendis la blonde prendre la parole.
« Coucou ! Tu sais pas qui je suis mais c'est pas grave ! Tu vois la jolie serveuse, c'est un peu comme ma sœur. Je sais pas encore qui tu es, Monsieur Kanon – c'est bien ça hein ? En tout
cas, t'as intérêt à prendre soin d'elle !
- Syn', c'est bon, il a compris je pense. »
Je venais de la couper tout en déposant le verre sur le plateau de bois, devant le jeune homme. Après un bref sourire d'excuse à son attention, je repris.
« Elle se prend pour ma mère. Ceci dit, te laisse pas avoir, des deux, Zoe est la pire.
- Ça c'est bien vrai !
- Syna ! Mais vous me feriez passer pour un monstre toutes les deux !
- Fais pas semblant d'être outrée, ça ne te va pas au teint ! »
Leur conversation grimpa de quelques décibels, plus du fait de la blonde qui tentait de faire entendre sa voix (et elle y arrivait, mais pas comme elle l'espérait). Kanon, lui, n'avait pas l'air
de vraiment décoléré. Il n'avait prêté qu'une attention relative aux dires de mes amies, ce qui m'avait un peu rassurée. J'aimais mieux qu'il ne s'entende pas trop bien avec elles pour le moment.
Le bruit d'une chaise que l'on écarte me fit lever les yeux. Les deux derniers clients s'en allaient enfin. J'étais assez contente de savoir que nous ne serions bientôt plus que quatre, même si
ça restait trop à mon goût. Ils payèrent vite l'addition, puis partirent, un peu comme s'ils avaient le feu aux fesses. De mon côté, je ne pus m'empêcher de jeter un regard goguenard au dernier
mâle restant dans la pièce. Il avait fait fuir l'alcoolique, il venait de fusiller du regard le courageux qui était venu payé. Même si je n'osais pas réellement croire qu'il était jaloux, ça
commençait à s'en approcher. Et tout ça pour tout un pour un « Tu es bien jolie » d'un homme qui avait de toute évidence laissé ses yeux au fond de son verre et un « Merci »
accompagné d'un léger sourire de celui qui venait de fuir. Finalement, la soirée serait peut-être amusante.
« Elles sont toujours comme ça ? »
Je regardais mes amies. Trop habituée au bruit, je n'y avais pas prêté attention, mais il était vrai qu'elles parlaient fort d'un sujet qui, somme toute, ne regardait qu'elles.
« Elles sont à peu près calmes.
- Je ne sais pas comment tu les supportes.
- On s'y fait, répondis-je seulement en haussant les épaules. Syna ? Zoe ?
- Oui ?
- Kanon, je te présente mes deux meilleures amies. La brune habituellement calme, c'est Zoe. Syna, c'est l'excitée. Tu feras attention, c'est contagieux.
- Je prends note. »
Et il sourit, enfin. J'étais même tellement contente qu'un immense sourire niais mangea une partie de mon visage, arrachant à la blondinette un rire un peu moqueur qui me ramena à la réalité.
Elle sembla s'en ficher et reprit la parole immédiatement.
« Bon alors, vous sortez quand ensemble ? J'aimerais pouvoir faire des sorties où on n'ait pas à se soucier que tu tiennes la chandelle ou pas, moi ! »
A quelques centimètres de moi, Kanon se mit à tousser. Je crois que la limonade était mal passée.
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