Morts dans la neige
{En cours de réécriture}
La neige recouvrait de son manteau épais le jardin de la maisonnée. L’herbe grasse de l’été se cachait sous son amie hivernale, brouillant les pistes de qui voulaient éviter les dalles de pierres
glissantes lorsque la poudreuse était verglacée. Quelques arbustes résistant à l’hiver et à son attaque blanche donnait des couleurs au passage et semblaient faire de l’œil au ciel à la
lourde couleur bleu marine. La nuit tombait, de-ci, de-là quelques étoiles apparaissaient. Les deux êtres présents dans ce lieu idyllique entouré de murets aux tuiles immaculées auraient pu en
témoigner s’ils n’avaient pas été occupés. Malheureusement, ils l’étaient et, tout à leurs affaires, ils ne se souciaient pas des trainées rougeâtres qui gâtaient le paysage.
L’un, inerte, allongé dans les froids cristaux de glace, semblaient être mort. Son torse se soulevait à peine alors qu’il tentait difficilement de reprendre son souffle. Près de lui, un homme
grand aux longs cheveux d’un noir profond était agenouillé. Un peu penché sur son vis-à-vis, il donnait l’impression de s’en inquiéter. A côté d’eux, enfin, gisaient comme deux outils abandonnés
deux armes, deux katanas.
Etrangement, malgré les apparences sordides, aucun bruit, aucun râle ni aucun pleur ne brisait le silence qui régnait. Au contraire, ils donnaient l’impression que la paisible ambiance ne
prendrait jamais fin, même si leur état respectif était des plus déplorables. Ce qu’il s’était passé ici et la douleur qu’ils ressentaient ne suffiraient pas à les faire perdre leur sang-froid.
On devinait pourtant au visage du plus vaillant que tout ceci allait se terminer là.
Avez-vous déjà vu ce genre de sourire si macabre et si froid que vous vous sentiez pris de panique soudainement ? Comme si un animal sauvage vous menaçait de vous sauter dessus pour se repaitre
de vos entrailles ? Avez-vous déjà imaginé ne serait-ce qu’un centième de la part qui s’emparerait de vous lorsque vous croiseriez un homme aussi fou ? Si c’est le cas, alors vous seriez surpris
de voir avec quelle détermination le petit blond attendait la suite, les lèvres closes, le regard interrogatif.
« Tu sais, je regrette vraiment ce que je vais faire. J’aurais aimé que tu vives encore longtemps Ilowyn. »
Un rictus apparut sur les lèvres bleutées du blondinet avant d’être remplacé par une grimace de douleur. Les équimoses sur son visage ne laissaient guère de place à l’expression.
« J’admets toutefois que le lieu de ta mort est bien choisi. C’est magnifique, n’est-ce pas ? »
L’agresseur eut une moue de dépit en voyant que son ami n’essayait pas d’observer autour d’eux. Il tendit le bras, récupéra son arme et essuya la lame sur la manche de son manteau. La pleine lune
se refléta sur le métal souillé. Le brun observa les éclats lumineux un moment avant de plongé son regard cobalt mais celui, noisette, de son vis-à-vis.
« Je me demande... Etait-ce par nostalgie ? »
Le blessé esquissa l’ombre d’un sourire, puis grimaça franchement. Un éclair de douleur traversa son beau regard amande. Il gémit.
« Ah oui. Ca doit être douloureux, c’est vrai. J’aurais aimé t’épargner le visage, mais tu ne m’as pas laissé le choix. »
La voix grave du brun s’éleva à nouveau, couvrant à peine le bruit de l’eau coulant dans le bambou, à quelques mètres d’eux.
« Tsukiyo te manque ? »
Tsukiyo... Nuit éclairée par la lune. Un prénom qui s’expliquait par le moment de sa naissance. Son père l’avait proposé après avoir jeté un oeil par la fenêtre.
« A moi oui. Enfin tu t’en doutes sûrement. Il est vrai que si ce n’était pas le cas, je ne serais pas là. Et vois-tu... J’aurais préféré que, justement, ce ne soit pas le cas. Etait-ce
vraiment une obligation ? D’en arriver là je veux dire. Après tout, tout aurait pu tellement mieux se passer... si tu n’étais pas si impulsif. »
Il marqua une brève pause.
« Allons Ilö-kun, réponds-moi enfin ! Tu ne voudrais pas souffrir davantage tout de même ?! »
Le katana fut essuyé avec tendresse grâce à la manche de sa tunique. Le métissé, né d’un mère anglaise et d’un père japonais se baissa à nouveau. Du bout du doigt, il effleura la partie intacte
du visage angélique qui lui faisait face, et écarta une mèche blonde qui tombait sur l’œil gauche de son vis-à-vis.
« Alors, elle te manque ?
- Ha... Hai.
- Je m’en doutais. »
A nouveau, les doigts du brun attrapèrent le fourreau de son arme, qu’il rangea d’un geste assuré. Voyant la surprise s’inscrire dans les yeux de son ami, il s’expliqua.
« Ilö-kun, Ilö-kun, Ilö-kun... Tu me déçois, tu sais ? Pensais-tu vraiment que ta fin viendrait de cette lame ? Je ne l’ai déjà que trop utilisé voyons ! Mais il m’aurait été difficile de venir à
bout de ton katana sans le mien. Tu t’es vraiment amélioré. Je suis heureux que mes leçons n’aient pas servi à rien. Je pense même que tu es l’élève le plus assidu que j’ai jamais eu.
Sincèrement, ce combat contre toi m’a fait très plaisir... mais il est dommage que ta vie s’achève si vite. J’ai peur de devoir attendre encore davantage avant d’avoir à nouveau à faire face à un
si bon adversaire. Quoiqu’en toute franchise, il te manque un peu d’expérience.
- Hai.
- Enfin pour en revenir à l’essentiel, sache que je ne compte pas mettre fin à tes jours avec une arme sans valeur. Non que la mienne n’en ait pas, mais j’en ai une qui ne demande qu’à être
utilisée. Vois-tu de quoi je parle ? »
Pendant qu’il déposa son sabre près de lui et chercha une autre arme à sa ceinture, le blond hocha la tête sans brusquerie.
« Il est magnifique n’est-ce pas ? A la hauteur de sa propriétaire. On peut au moins te reconnaître une chose, tu as fait un choix excellent en le lui offrant. Dommage qu’elle ne s’en soit pas
servit pour se défendre... »
Son regard eut beau se glacer, la voix doucereuse de l’agresseur ne changea pas de ton. Elle semblait caresser chaque courbe du corps d’Ilöwyn, comme les mains d’une amante l’auraient fait.
Pourtant, sa main droite s’était refermée sur le manche d’un superbe poignard, dont la lame indemne scintillait à cause des flocons de neige fondus déposés dessus.
« Et il coupe magnifiquement bien sais-tu ? Veux-tu que je te montre ?
- Ié...
- Si Ilö-kun, je vais te montrer. Donne-moi ton bras gauche.
- Ié...
- Ce n’était pas une question mais un ordre ! Donne-moi ton bras gauche !
- Shei...
- Donne !
- Hai...
- Arigatô Ilö-kun. »
Avec tendresse, le brun passa le tranchant de la lame contre la peau immaculée de son ami. Une fine marque rouge, d’où perla bientôt quelques goûtes de sang, fit son apparition, tandis que le
blessé contint un gémissement.
« Un excellent choix, c’est bien ce que je te disais.
- Sheikhan... Gomen nasai...
- Ca ne suffit pas Ilö-kun. Être désolé c’est bien mais c’est un peu tard. Elle est morte mon ami, maintenant, tous les regrets du monde n’y changeront rien. Elle ne reviendra pas... Mais je suis
quelqu’un de bon Ilö-kun. Tu vas la rejoindre.
- Arigatô Sheikhan. Arigatô... »
La lame plongea dans le cœur du blond, qui pour ses derniers instants de vie eut comme vue le bleu des yeux de son meurtrier. Mais s’il semblait qu’en ce lieu majestueux une vie prit fin, il y
eut deux morts en vérité...
Le corps du brun s’éloigna sans joie ; sa sœur était vengée, mais il avait perdu son seul ami... et son âme.
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