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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 13:40
Chapitre 6 : Angoissants mystères

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J'ouvris les yeux. Rien. Il n'y avait que du noir. Je sentis des vibrations. Le sol tremblait un peu parfois. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas où j'étais. Je tentai de bouger. Je ne pouvais pas. La douleur m'assaillit. Il me semblait que je criais. Je ne m'entendais pas. En fait, je n'entendais rien du tout. Plus de sons, plus d'images, plus de mouvements. J'avais peur. Mon cœur s'emballait. J'essayais de nouveau de me relever. A peine avais-je commencé un mouvement que j'abandonnais. Ça faisait mal, bien trop mal. Je fermai les yeux.

Quelqu'un s'approchait. Effectivement, on cherchait mon pouls sur mon cou. J'essayai de dire quelque chose. Mes lèvres restèrent closes. La main s'en alla. Je me retrouvais à nouveau seule avec moi-même. J'avais peur. J'avais chaud. J'avais froid. Je tremblais. Je voulais de l'aide. Kanon. Où était-il ? Où étais-je ? Toujours devant le bar ?

Une gifle coupa court à mes réflexions. J'avais mal. Ma joue me brûlait. Je geignis. Je souris. Je m'étais entendue. Une autre gifle. Mon sourire se fana. J'essayai de dire d'arrêter. Un troisième coup. Quelques larmes perlèrent au coin de mes yeux et coulèrent sans me demander mon accord. J'ouvris les yeux.

Il y eut un flash. Ça m'aveugla. Je clignai des paupières. J'aperçus un éclat doré sur ma droite. Je tournai la tête. Il y avait un homme. Seul. Assez grand. Couvert d'une lourde armure. Un flash. Je me mis sur le côté. Je le fixai. Il ne faisait pas attention à moi. J'essayais de mieux le voir, mais il faisait trop sombre. Le croissant de lune n'illuminait pas assez. Les lampadaires clignotaient je crois. Je murmurai quelque chose. Je m'entendais mal, comme si ma voix était assourdie. Finalement, je me replaçai sur le dos. Du coin de l'œil, je le vis qui s'approchait.

Il faisait noir. Ça vibrait. J'avais les yeux ouverts. Il faisait toujours noir. Quelque chose explosa. Je sursautai. Je me resserrai contre le métal froid. Du métal ? Je bougeai un peu. La vue me revint. L'homme. J'étais dans ses bras. Il me portait. On tombait. Je me crispai et tentai de ne pas crier. On était sur un autre toit. Je l'observais à nouveau. Il me fixa en souriant, goguenard. Je murmurai une injure. Il me posa. J'essayai de m'asseoir. J'y arrivai. Je m'immobilisai.

Il s'accroupit devant moi. J'étais méfiante. Il s'en fichait. Il leva une main, tendit son index. Je le vis s'avancer au ralenti. J'étais paralysée sans trop savoir pourquoi. Mon cœur battait fort. Je n'entendais que ça. Le doigt pressa un point de mon corps. L'homme se releva et alla vers la rue. Je baissai la tête pour regarder ce qu'il avait fait. Ça ne me faisait pas mal. Je bougeai un bras, puis l'autre. Une jambe. La deuxième. Les doigts. Les orteils. Toute douleur avait disparu.

Je me relevai avec précaution et fis quelques pas incertains. Mes jambes flageolaient. Je tombai à genoux. Je grognai un peu. J'essayai de me relever. Je n'y arrivais pas. J'avançai à quatre pattes jusqu'au bord du toit, côté rue. Il y eut une explosion. Je me couchai, juste derrière le muret. Il y avait de la poussière partout. Je toussai. Je jurai. J'essayai de m'asseoir puis de regarder par-dessus le rebord. J'avais du mal. On m'attrapa par un bras pour me relever. Je me tournai vers celui qui m'avait aidée. Mes remerciements se bloquèrent dans ma gorge. Il affichait bien trop de mépris pour ça.

Je détournai les yeux et fixai en bas. Je reculai brusquement. C'était haut. Trop haut. Je regardai autour de moi. Pas d'escaliers. Juste, à droite, l'immeuble d'à côté. On en venait. A gauche, rien. J'allai voir. Si. Il y avait quelque chose. Un autre toit. Celui d'une maison. Pentu, mais à distance raisonnable. Je tentai d'enjamber le muret pour sauter.

« Reste là. »

Deux mots. Un ordre. La voix était froide. Je frissonnai un peu.

« Je veux descendre.
Fais ce que je dis. »

Je me retournai vers celui qui avait parlé. Il n'avait pas bougé. Il était toujours en train d'observer... quelque chose, dans la rue. Je supposai qu'il était persuadé de mon obéissance et amorçai un mouvement pour quitter le toit. Un bras autour de ma taille. Un bras couvert d'or.

« Qui êtes-vous ? Comment pouvez-vous me rattraper alors que vous étiez si loin ? »

Il me rappelait Kanon. Non. Kanon n'était pas comme ça. Pas si froid. Pas si... effrayant. Mais je ne comprenais pas plus. Comment faisaient-ils ? Se téléportaient-ils ?

« Je n'ai pas le droit de te tuer, mais je peux t'assommer alors reste tranquille. »

Je me figeai. Me tuer ?

« C... Comment ça « pas le droit de te tuer » ? C'est quoi ce délire ? »

On m'avait kidnappée ? Non, c'était stupide ! Je ne connaissais personne d'important, personne de riche. Et puis, on n'enlevait pas les gens pour les promener de toit en toit. Pas en armure. Je devais cauchemarder. Je me pinçai. Je grimaçai. Finalement, je devais être éveillée.

« Saga – ou quel que soit son nom – m'a dit de veiller sur toi. Me complique pas la vie. »

Saga ? Le frère de Kanon ? Ça n'avait aucun sens. Je ne le connaissais pas. Ils ne s'entendaient même pas si j'avais bien compris. Peut-être que l'homme les avait confondu. Mais il connaissait l'autre jumeau alors !

« Qui êtes-vous ?
- Un envoyé du Grand Pope, chevalier d'Athéna.
- Je veux rentrer chez moi ! Maintenant ! »

Pas question de rester plus longtemps avec cet illuminé. Je tentai de me dégager. Sa main me retenait toujours. Il resserra sa prise. Je gémis un peu. Je bougeai encore plus.

Le noir. J'ouvris les yeux sans comprendre. Où étais-je ? Ça me revint. Le toit. J'étais allongée. Assis à côté de moi se tenait celui qui m'avait assommée. J'essayai de bouger silencieusement.

« Réveillée ? »

Il était moqueur. Pas comme Kanon. C'était moins gentil.

« Pourq... »

Un énorme fracas. Le bruit d'une maison qui s'effondre. Deux cris simultanés. Je me relevai brusquement et courus voir ce qui se passait. Un vertige. Je m'arrêtai net. Le retour de ma vue et de mon équilibre. J'allai m'appuyer sur le muret de gauche. Un corps. Inerte. Ensanglanté. Abîmé au-delà des mots. Je détournai le regard, prise d'un haut le cœur.

« Que se passe-t-il bon sang ?!
Ce sont des combats. Habituellement, on les évite en ville, mais ils ne lui ont pas laissé le choix.
 Qui ?
 Les chevaliers renégats. »

Un soupir. Le sien.

« Demande les détails à ton chevalier servant quand il reviendra. »

Je ne répondis pas. Un bruit attira mon attention. Des pleurs. Je retournai en tremblant voir du côté des ruines. L'homme s'activait. Il jetait des pierres plus loin. Sa femme pleurait derrière lui. J'entendis des murmures. Je compris enfin. Leur fille était dans la maison. Je revins près de l'illuminé.

« Je veux descendre les aider ! »

Il soupira. Un instant plus tard, j'avais les deux pieds sur le sol de la rue. Je ne cherchai pas à comprendre et me précipitai auprès du couple. Une pile de débris se souleva soudain et des briques glissèrent sur le corps d'un adolescent en armure. Il se relevait en toussant. Une bonne partie de son visage était en sang et ses protections n'étaient pas en meilleur état. Je fis un pas vers lui pour voir comment il allait. Celui qui m'avait protégée jusqu'à présent se retrouva derrière lui dans la seconde.

« Tu es résistant, mais le jeu est terminé. Adieu chevalier. »

Ledit chevalier tourna la tête vers lui.

« Par les vagues d'Hadès ! »

Le noir. J'ouvris les yeux. Les étoiles. Je tournai la tête. Le toit. Je fronçai les sourcils. L'homme. Je grognai. Il me fixa. Même sans qu'il prononce un mot, je savais à quel point je l'agaçais. J'étais de toute évidence une gène pour lui. A raison sans doute puisque j'étais à nouveau tombée dans les vapes. J'essayai de me rappeler ce qui s'était passé. L'image d'un corps tombant au sol me vint à l'esprit. Après, plus rien.

Je me relevai précautionneusement. Le corps encore engourdi, je ne cherchai pas à me mettre debout dans l'immédiat. A la place, je tendis simplement l'oreille pour essayer de savoir ce qui se passait autour de moi puis, après quelques instants, je me remis sur mes jambes.

« Que... Que s'est-il passé ?
Je l'ai tué. »

Je restai silencieuse. Son ton était tellement froid, tellement calme que je me demandai s'il n'était pas en train de plaisanter. Il m'observa un court instant et ses lèvres s'incurvèrent avec amusement. Un lampadaire clignota un peu et s'alluma complètement, éclairant enfin le toit qui jusqu'à présent bénéficiait seulement des lumières de l'immeuble d'en face. Je le détaillai des yeux. Il avait l'air jeune. Plus jeune que je ne l'avais cru au début. N'excédant sans doute pas les 14 ans, il avait pourtant une stature qui lui conférait plus de présence qu'un simple adolescent. Son armure dorée était assez colorée et le recouvrait quasi entièrement. Il avait clairement de l'allure mais son regard était effrayant : un peu fou, clairement cruel, franchement méprisant. Je déglutis. Son sourire s'agrandit un peu.

« Tu l'as tué ? Qu'avait-il fait ?
Tiens, tu ne me vouvoies plus ? » Je ne répondis pas. « Ma mission était d'achever les renégats. Ton... ami, qui qu'il soit s'en charge à ma place. Et ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien. »

Je refermai la bouche, ravalant ainsi ma question. D'autres me virent pourtant à l'esprit. Pourquoi le garçon semblait à ce point déçu de ne pas s'en charger ? Pourquoi avait-il semblé si heureux d'attaquer le « renégat », un peu plus tôt ?

« Pourquoi... Pourquoi l'avoir laissé faire si c'est ta mission ? »

Je le vis se tendre. Son visage se fit plus dur, sa voix plus tranchante.

« Ça ne te regarde pas. »

Je n'insistai pas et me rapprocha plutôt de la barrière pour regarder dans la rue. A quelques mètres de là, un immeuble semblait sur le point de s'écrouler. Je voyais les habitants en sortirent précipitamment. Quelques pleurs d'enfants étaient portés par le vent, accompagnés de cris et gémissements de leurs parents. Le quartier semblait comme en pleine guerre. La brise que j'avais tellement voulu les jours précédents apportait avec elle les effluves entêtantes et malodorantes de blessures causées par les ravages. L'odeur de sang vous prenait à la gorge, même lorsque comme moi on se tenait au-dessus des trois étages d'un bâtiment.

Je me tournai vers le Calypso. Là-bas on n'y voyait plus grand chose. La sècheresse avait laissé libre cours à la poussière et, avec les... combats, on n'apercevait rien de plus que de la fumée blanchâtre et quelques flashes. De temps en temps, je croyais entendre des cris, mais rien n'était moins sûr. Est-ce que Kanon était là-bas ? Est-ce qu'il s'en sortait ? J'essayais de ne pas trop m'en faire. L'adolescent semblait sûr de sa victoire. Ça me suffisait. En tout cas, je voulais m'en persuader, parce qu'il savait sans doute mieux que moi ce qui se passait.

Je serrai les poings de toutes mes forces et fermai finalement les yeux. Inactive, impuissante, je ne savais plus quoi faire. J'aurais voulu aider, mais j'avais bien conscience que mon gardien ne me laisserait plus descendre avant que le calme ne soit revenu. J'étais donc condamnée à observer les évènements du haut de mon perchoir. Une colère sourde s'empara brusquement de moi.

Puisqu'il semblait que le jeune homme soit contraint de veiller sur moi, j'allai en jouer un peu. Je passai par-dessus la barrière et sans réfléchir une seconde – j'aurais changé d'avis si je l'avais fait, je sautais dans le vide. Il me rattraperait. Il était obligé de me rattraper !

Je fermai très fort les paupières pour ne pas voir le sol se rapprocher. Il me sembla même que je criais.

« Imbécile ! »

Je resserrai mon étreinte, tremblante. Tant pis pour le ridicule de la situation. Portée comme un princesse par son preux chevalier – en l'occurrence, le mien était de mauvaise humeur, j'avais passé les bras autour de son cou et restait accrochée comme une moule à son rocher.

« Tu... m'aurais pas laissé revenir dans la rue.
- De toute façon, on remonte.
- Non !! »

Je commençai à me débattre un peu, même si c'était d'une inutilité impressionnante vu mon manque de force. L'émotion avait sapé le peu d'énergie qu'il me restait encore.

« Et que veux-tu faire ? L'aider ? Tu es faible ! Regarde-toi ! Tu ne peux même pas sauter d'un immeuble sans trembler ! Tu ne seras qu'un boulet pour lui et pour les autres. Tiens-toi tranquille plutôt !
- Il m'avait dit de rester dans le bar. Je veux y retourner ! Lâche-moi maintenant ! »

Et il le fit, sans prévenir. En un clin d'œil, je me retrouvais les fesses au sol. Il avait obéit sans état d'âme et sans se soucier de mon atterrissage.

« T'aurais pu y aller doucement !
- Je ne sais vraiment pas ce qu'il peut bien te trouver pour me demander de te garder en vie. Non seulement tu es totalement inutile, mais en plus tu passes ton temps à te plaindre ! »

Je me remis sur pied sans dire un mot, tentant de garder un air digne dans des circonstances qui ne s'y prêtaient pas vraiment. J'époussetai ensuite mes vêtements et me dirigeai vers mon lieu de travail. Très vite, je passai de la marche à la course jusqu'à me trouver non loin du nuage de poussière. J'hésitais à y entrer quand je me retrouvai brusquement adossée à un mur. Juste devant moi, l'adolescent me faisait face, une main posée à plat juste à côté de ma tête.

« Je ne t'avais pas dis de la garder éloignée de ça ? »

Je sursautai en reconnaissant la voix. A quelques pas de nous se trouvait Kanon, mais il était méconnaissable. L'homme qui était entré dans le bar n'était rien à côté de celui-ci. Droit, le port fier, on lui aurait facilement donné des centimètres en plus tant il était impressionnant. On aurait dit qu'il se dégageait de lui une force mentale hors du commun tant il paraissait sûr de lui. Mais si j'en restai coite, le chevalier d'Athéna, lui, ne garda pas sa langue dans sa poche.

« Tu préfères que je l'assomme pour qu'elle reste en place ?
- Si ça la met hors de danger...
- Kanon ! »

Mon cri ne sembla pas lui faire grand effet. Il me regarda simplement avec sérieux et colère à la fois. Je me croyais pratiquement retournée à l'époque où mes parents me grondaient pour une bêtise quelconque.

« Éloigne-toi, Gaia. Ça vaudra mieux. »

Je voulus protester à nouveau - plus par fierté que par réelle conviction : j'avais horreur qu'on me rappelle à quel point je gênais, toutefois, un autre adolescent débarqua. Essoufflé, les cheveux emmêlés, un filet de sang coulant de sa tempe gauche, il semblait mal en point mais prêt à en découdre avec n'importe qui. Là où je me serais certainement enfuie pour avoir la vie sauve, lui me donnait l'impression d'accepter une mort certaine – parce qu'à voir son état et celui de Kanon, c'était très certainement ce qui l'attendait. Son courage me toucha. J'avais envie de crier à tout le monde d'arrêter ce jeu de massacre inutile, mais en posant mes yeux sur les trois combattants, il était clair que ça ne servirait à rien.

« Amène-la à l'écart. »

Mon gardien hocha la tête et me laisse me décoller du mur. Un instant plus tard, je me retrouvais dans ses bras. Il commença à sauter pour s'éloigner de là via les toitures.

« Another dimension ! »

Je sombrai dans l'inconscience.

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Le téléphone sonna. Je grognai un peu et me retournai dans mon lit, fermement décidée à continuer ma nuit. Malheureusement, la sonnerie stridente dont la source ne se trouva même pas à un mètre de moi ne cessa pas. Je tendis le bras et avança la main à tâtons jusqu'à décrocher le combiné. En même temps, j'ouvris un œil et souris un peu en voyant les murs de mon appartement. Mon cauchemar n'était finalement que ça.
Par Sheikhan
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Fanfictions et histoires originales : explications
(OS) : One shot, c'est-à-dire fic à un seul chapitre
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